Journal dentaire du Québec Volume 40 Novembre 2003

Le Dr Chaussé exerce sa pratique privée
d'implantologie à Mont-St-Hilaire, Québec.

Ponts complets
implanto-portés procera :
étude de cas

La confection conventionnelle d’armatures pour ponts céramo-métalliques, par coulée et
soudures d’alliages précieux ou semi-précieux, présente plusieurs caractéristiques pouvant
affecter négativement l’intégrité, la solidité et la précision de celles-ci. La taille par procédé
informatisé d’une armature monobloc en titane élimine les risques de porosités et de distorsion
thermo-cyclique. On obtient ainsi des pièces homogènes biocompatibles précises et légères pour
prothèses fixes complètes ou partielles. Elles peuvent être recouvertes d’acrylique ou de
porcelaine. Nous présentons ici un cas où un patient a reçu deux prothèses fixes complètes
céramo-métalliques confectionnées selon ce procédé.

Ponts complets implanto-portés procera ...


Figure 1. Radio panoramique pré-opératoire

Les techniques conventionnelles deconfection
d'armatures métalliques pourprothèses dentaires
fixes, par coulées et soudures, présentent plusieurs
inconvénients. Les pièces coulées subissent
invariablement une distorsion lors durefroidissement
du métal. Cette distorsionest corrigée en sectionnant
et en soudantles différentes parties.
Des faiblesses et desporosités peuvent être crées
tant lors de lacoulée que lors de la soudure.
Les distorsions thermo-cycliques peuvent affecter
la précision des armatures, ce qui peut être problématique
pour le pronostic des traitements d'implantologie dentaire.


Figure 2. wax up de diagnostique.

Ces inconvénients peuvent être évités enutilisant
des procédées cad-cam pour laconfection des armatures.
Nous vous présentons ici un cas de réhabilitation
prothétique à l'aide de deux ponts céramométalliques
confectionnés sur une armature monobloc en titane,
taillée mécaniquement
selon un procédé informatisé.
Ces
armatures sont fabriquées sans coulée, sans
soudure, sans cylindres ou composants prémachinés
usuels. Elles sont taillées directement dans un seul bloc
homogène de titane, ce qui
élimine les risquesde défauts
ou de
porosités dans la masse du métal,ainsi que les
distorsions dues aux coulées et aux
soudures.
Les interfaces piliers sont, elles
aussi,taillées dans la
masse de l’armature et
en fontpartie intégrale.
On obtient ainsi des
pièces biocompatibles précises et
légères
pour prothèsesfixes vissées, complètes ou partielles.
Elles peuvent être recouvertes
d’acrylique, de
composite ou de porcelaine


Figure 3. Photographie du maxillaire
et des piliers de cicatrisation, un mois après la 2e chirurgie.

Un patient de 62 ans nous est référé àl’été 1999
à cause de problèmesparodontaux avancés
(fig. 1). Il est décidéde procéder à l’extraction
des dents et deréhabiliter à l’aide de prothèses
complètes fixes implanto-portées.
Un wax-up de diagnostique est effectué à partir
d’empreintes de sa dentition (fig. 2). Une
radiographie tomographique des maxillaires
est réalisée.
Nous procédons en novembre1999 à l’extraction
de la plupart des dents restantes de notre patient
et à la pose simultanée de 13 implants
(huit implants de3,75 mm et cinq de 5 mm de diamètre,
de longueurs variables*) à l’aide de guideschirurgicaux. Quelques dents stratégiques
sont conservées durant la phased’intégration osseuse
pour permettre le portde partiels temporaires.


Figure 4. Empreinte au plâtre du
maxillaire. Des répliques d’implants
ont été fixées aux transferts.
Un matériau gingival flexible en
polysiloxane sera appliqué à la
jonction des répliques et des
transferts, préalablement à la
coulée du modèle.

En juillet 2000, nous procédons à la deuxième chirurgie
et à
l’extraction des dernières dents. Des piliers
de cicatrisation en titane sont installés surles implants.
Quelques semaines après la
deuxième chirurgie (fig. 3),
des empreintes
au plâtre des maxillaires et des implants
sont effectuées (fig. 4).
Il est important de fournir au laboratoiredes modèles
très précis. La création
minutieuse de modèles, à partir
d’empreintes au plâtre, permet de reproduire très
fidèlement la position des
implants.
Pour des empreintes directes au
polyether ou au
polysiloxane, à l’aide de
transferts carrés, il est
préférable de
modifier la technique, tel que suggéré
par
Vigolo et coll. Ces auteurs ont démontré
qu’il est possible d’augmenter sensiblement
la précision de ces empreintes; soit en abrasant
la surface des transferts et en les
enduisant d’adhésif,
soit en les reliant entre
eux avec de la résine,
avant la prise de l’empreinte.


Figure 5. Armature en résine
pour le pont maxillaire.

Une armature de vérification peut être
fabriquée pour confirmer la position des
implants sur le modèle par rapport à la
position en bouche. Si le modèle s’avère
imprécis, il faut reprendre l’empreinte. Une
analyse radiologique est effectuée pour
s’assurer de l’adaptation précise de tous les
composants sur les implants. Des modèles
avec gencive flexible et amovible sont
montés sur articulateur.


Figure 6. Les armatures en titane.
Brånemark System

A partir des données du wax up de diagnostique,
des essais
esthétiques et fonctionnels sont réalisés à
l’aide de maquettes de cires. Peu de temps
après, nous procédons à la mise en bouche
de deux ponts temporaires, que le patient
utilise pour une période adéquated’ajustements
et d’adaptation. Les ponts
temporaires sont par
la suite dupliqués à
l’aide d’un moule en silicone.
Ces répliques,
construites en résine appliquées sur des
cylindres temporaires, sont dégrossies pour obtenir la
forme des armatures convenant à
chacun des ponts
(fig. 5).


Figure 7. Vue inférieure de
l’armature du maxillaire.

Les armatures en résine et les modèlessont expédiés
au laboratoire pour laconfection des ponts permanents.
La forme des armatures en résine est numérisée par un lecteur au laser. La position et la surface des implants ou
des piliers sont également enregistrées et numérisées.
Ces données sont combinées et transmises à un tour
contrôlé par ordinateur. Celui-ci taille dansune même pièce homogène de titane l’armature et les piliers.
On obtient ainsi,sans coulée ni soudures, une structure
monobloc s’adaptant précisément auximplants (fig. 6, 7).

Figure 8. Vue inférieure de la
prothèse maxillaire après
l’application de la porcelaine.

L’armature est vérifiée, ajustée et polie manuellement,
puis le
technicien procède à l’application de la
porcelaine (fig. 8).
Un essai en bouche est effectué pour
procéder aux
ajustements occlusaux et
gingivaux nécessaires.
La finition des ponts
est ensuite complétée.


Figure 9. Les ponts en bouche.

À la mise en bouche, l’adaptation des ponts aux implants
est cliniquement
excellente et le résultat esthétique à la
satisfaction du patient (fig. 9).
Une radio panoramique (fig. 10) montre une
intégration osseuse excellente pour tous les implants
12 mois après la pose des ponts,sauf pour l’implant
en position 37. Celui-cimontre un niveau osseux
au troisième ou quatrième pas de vis, ayant subit une
surcharge mécanique par la dent 27 durantla phase
d’intégration. Cependant, le niveauosseux de cet implant
et de tous les autres est stable depuis la mise en bouche
des ponts.


Figure 10. radio panoramique,
douze mois après la mise en bouche.

CONCLUSION

Les procédures cliniques préparatoirespour confectionner
des ponts à armature
usinée en titane sont les mêmes
que pour
des ponts à armature coulée. Cettetechnique
simplifie et accélère
considérablement le travail
du technicien.
Dans la mesure où l’on utilise des techniques d’empreinte
très précises et des maîtres modèles vérifiés, on obtient
invariablement des armatures très précises,sans distorsion.
Les étapes cliniques
d’ajustements sont donc réduites.
La biocompatibilité du titane est unavantage pour les patients inquiets des possibilités de toxicité ou d’allergie aux métaux.

Retour accueil FCLDentaire Retour Articles de presse